C'est lors de l'anniversaire du Centre Pompidou jeudi dernier, que la mise à mort du Palais de Tokyo a été annoncée par le président de la République. Il était temps ! La dérive de cette institution ne connaissait pas de limites, sous la houlette de son directeur actuel, Bruno Racine.
Retour à la case départ ? Hier, lors de la cérémonie d'anniversaire, devant un aréopage grisonnant, Jacques Chirac a remis au centre Pompidou les clés du Palais de Tokyo. Très dégradé, ce bâtiment abritait le musée national d'Art moderne jusqu'à la création de Beaubourg. Depuis 2002, il accueille un site de création contemporaine. La «friche» permettra «la mise en valeur d'artistes confirmés de la scène française, dans les domaines des arts plastiques, du design, de la vidéo et du cinéma». Selon le président, le Palais pourra combler les «lacunes importantes» du centre, qui, faute de place, ne peut «présenter une vue complète de la scène artistique française». Il serait appelé à en piloter la restauration, pour une ouverture en 2009.

Le Palais de Tokyo est divisé en deux parties. Du côté gauche, c'est le musée d'art moderne de la ville de Paris, dont les collections permanentes sont gratuites, et qui organise de temps en temps une bonne exposition (comme Bonnard en 2006). Du côté droit, le Palais de Tokyo proprement dit était devenu un lieu de création et de happenings contemporains (*) très politisé, peu fréquenté, à l'exception de rares touristes un peu perdus, de jeunes et de pseudo intellos de gauche. Une population que je qualifierais de "bobolitiste", bobo et élitiste. Rarement une forme d'art n'a été plus absconse et plus fermée aux non initiés, tout en développant un discours sur la démocratisation de l'art. Pour y être passé régulièrement, je dirais que je n'en ai jamais eu pour mon argent. Un couteux billet d'entrée, souffrant dix mille exceptions, ainsi pour les journalistes ou les demandeurs d'asile, tout ca pour voir une petite dizaine d'installations dont la plupart laissent sans-voix, et ne déclenchent même pas le rire ou l'indignation qui doivent naitre d'une oeuvre contemporaine digne de ce nom (à défaut de l'émotion ou du pur plaisir esthétique, il ne faut pas rêver !).
C'est du côté politique qu'il fallait chercher l'objet social de ce " musée " : exposition séparant les visiteurs blancs des autres, histoire de surfer sur la mauvaise conscience, et l'idée que "nous sommes tous des colons", plusieurs décennies après Sartre, ou bien exposition dénoncant les effets des essais militaires américains sur tel minuscule ilot à l'autre bout de la planête. Bref, vous aurez compris le principe. L'art contemporain, à l'instar des artistes et des intellectuels de gauche, se croit l'héritier des révolutionnaires, des communards, des résistants, alors qu'il bouffe des macarons de chez Ladurée le dimanche midi. Lorsque le principe de dénonciation devient plus important que la cause défendue, il est temps de fermer boutique.
Ajoutons à cela que le Palais de Tokyo avait subi un véritable décapage de son aménagement intérieur frisant au vandalisme, s'agissant pourtant de l'un des plus beaux monuments des années 30 que compte Paris, bâtiment d'un extraordinaire classicisme donnant au béton ses lettres de noblesse.
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