jeudi 28 juin 2007
Les rendre fiers d'être français : l'art gothique
Par le conservateur, jeudi 28 juin 2007 à 10:26 :: Les rendre fiers d'être français :: #875 :: rss
" A l'issue de l'époque gothique, il y avait une église pour deux cents habitants en France, et dans l'ensemble de ces édifices il y avait de quoi abriter plus que la population tout entière. On a calculé qu'en trois cent ans la France seule avait charrié et mis en oeuvre plus de pierre que l' Egypte ancienne dans toute son histoire. " (*)
L'art gothique est l'objet d'une double incompréhension, particulièrement criminelle dans notre pays.
La première incompréhension concerne son "origine étrangère".
La Renaissance italienne, voulant s'en distinguer, la qualifia d' "art des Goths" en référence aux barbares qui pillèrent Rome - en l'occurence plutot des Vandales. Cette fable fut reprise dans l'Europe entière, peut être au travers de l'artiste-écrivain Vasari qui la mentionna dans ses "Vies". Tenace, cette idée perdura jusqu'au XIX ème siècle. On la retrouve en France au XVIII ème, dans toute sa force, y compris chez un défenseur du patrimoine comme Alexandre Lenoir (**). Au nom de cette "étrangeté", la plupart des monuments gothiques furent abattus : la plupart des églises, la quasi-totalité des monastères et des bâtiments civils. Ce massacre se fit au gré des évolutions du goût, de la renaissance au XVIII ème, puis massivement sous la révolution française, lors de la vente des monuments à des entrepreneurs en bâtiment. Napoléon qui admirait les pyramides, était-il conscient de l'exploit des bâtisseurs du moyen-âge français, lui qui acheva l'oeuvre destructrice de la révolution, en particulier à Paris, au travers de son criminel Concordat (***) ?
En France plus qu'ailleurs, les destructions furent criminelles. L'art gothique, reflet d'une période où la France était le centre du monde artistique, était méprisé et détruit. Comble du ridicule : c'est d'Angleterre que viendra la redécouverte du gothique, où sa forme renouvellée mais caricaturale, le néo-gothique, naquit au XVIII ème siècle avant de balayer l'Europe dans les années 1820 autour d'artistes comme Pugin.
La deuxième incompréhension concerne sa "modernité" pour reprendre un terme à la mode, mais généralement vide de sens.
L'architecture gothique est la première architecture moderne de l'histoire. Entendez par là fonctionnelle, pré-fabriquée, économe, standardisée. La réduction des éléments architecturaux à leur minimum, comme les murs-fenêtres, préfigure le Crystal Palace ou l'architecture d'un Perret. La définition à l'avance des modénatures permettant leur sculpture en série dans des carrières éloignées du lieu de construction, préfigure l'industrialisation de la construction. Quant au style dépouillé du XV ème siècle, il annonce l'architecture sans ornements, celle qui fit fureur à partir des années 20 et règne encore aujourd'hui. C'est Eugène Viollet-le-Duc, théoricien de l'architecture moderne et restaurateur de monuments, qui nous montra le premier ces merveilles que l'on ne savait voir. Les travaux de Viollet-le-Duc fondèrent "l'architecture métallique", celle de la Bibliothèque nationale ou du Grand Palais, fille du gothique.
(*) Roland Bechmann, in : les racines des cathédrales, histoire Payot 1989
(**) in : DESCRIPTION HISTORIQUE ET CHRONOLOGIQUE DES MONUMENTS DE SCULPTURE, REUNIS AU MUSEE DES MONUMENTS FRANCAIS)
(***) une église par paroisse, les églises en trop furent rasées, y compris dans les territoires occupés comme Venise ou la Toscane.
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