Sur Canal Académie, l'excellent Roland Recht, historien d'art et professeur au Collège de France, nous explique l' OPA du monde politique et financier sur le patrimoine. Un processus de fond qui sape les bases du système de conservation et de recherche en histoire de l'art établi depuis le XIX ème siècle. Le temporel s'empare du symbolique pour le monnayer, après l'avoir vidé de son contenu symbolique. Roland Recht souligne que des projets comme le "Louvre Abu Dhabi" foulent au pied les règles de sécurité et de conservation appliquées jusqu'à présent aux oeuvres de notre patrimoine. Mais que pèsent de telles règles face à la perspective d'un énorme chèque de l'émir ?

La prise de pouvoir du politique sur le patrimoine et sur la direction des musées, manifestée entre autre par l'arrivée d'énarques gestionnaires à la place des conservateurs scientifiques, contient deux risques :

  • la mort potentielle de la recherche en histoire de l'art (déjà très faible en France), qui serait désormais soumise à des impératifs politiques voire médiatique, dont je vous laisse deviner les orientations (métissage et cie)
  • la lente destruction d'oeuvres fragiles réduites à un statut itinérant par des impératifs de turn-over et de rentabilité.

On rappelle que suite à la publication d'une tribune dénoncant le "Louvre Abu Dhabi", ses auteurs éminents, Françoise Cachin, Jean Clair et Roland Recht ont été sanctionnés administrativement, et exclus du comité de direction des musées de France par la précédente administration Chirac et son ministre Donnedieu de Vabres. En forme de protestation, d'autres membres de ce comité comme le grand Pierre Rosenberg ont jeté l'éponge. Occasion pour l'appareil de les remplacer par des énarques obnubilés par le fric sans aucune considération pour le plan symbolique.

Je conseille la lecture de deux ouvrages de Roland Recht, "A quoi sert l'histoire de l'art" chez Textuel ainsi que l'excellent "Le Croire et le Voir - l'art des cathédrales XII - XV ème s." chez Flammarion, un livre plutôt difficile d'accès.

NB : le dernier quart de l'émission est consacré à la "religion de la créativité" dans l'enseignement de l'art aux enfants. Du vitriol anti-68 à déguster.