De cette insistance sur la "mission" individuelle vient l'un des fondements de la brillante civilisation européenne : le développement d'une élite socialement-responsable, pour reprendre une phraséologie moderne. C'est ce qui manque cruellement à d'autres religions. Dans le contexte médiéval, où les autorités civiles indépendantes de la religion étaient peu développées faute d'un Etat puissant et central, l' Eglise, tentée parfois de s'immiscer dans l'aspect matériel de la vie des fidèles se voyait contrainte d'intervenir dans la société. Il est fort injuste de lui reprocher aujourd'hui cette implication alors que le pouvoir temporel était "aux abonnés absents" !

Dans le monde contemporain, l'Etat est omniprésent voire tenté par une manière douce de totalitarisme - cf. les débats sur l'éducation à la maison et la remise en cause de l'autorité des parents. Représenter un chemin sage et raisonnable, loin de la dictature de l'actualité et de l'opinion publique, constant dans le temps et dans ses principes, est une position idéale pour l'Eglise moderne. C'est à croire le catholicisme fait pour le monde moderne ... Comme il était fait pour le monde médiéval, période pendant laquelle contrairement à l'idée répandue par nos ennemis, tellement injustes qu'ils refusent voir la vérité, l'Eglise a merveilleusement rempli son rôle : prendre en charge une société brisée par les grandes invasions et l'effondrement du monde romain épuisé par ses excès et ses contradictions, et l'accompagner dans son "développement" constant jusqu'à la période moderne, et les remises en causes que l'on sait.

Tellement moderne le catholicisme ! Il suffit de voir le débat sur la recherche dans le champ des cellules souches : quelle autre institution que l'Eglise a l'indépendance et la "persistance" requise pour défendre l'idée de la dignité humaine (en un mot les droits de l'homme!) face aux lobbies financiers, et à l'idéologie scientiste issue des Lumières pour qui, "at the end of the day", l'homme n'est qu'un amas de matière carbonée. Qui d'autre peut faire fi de la sensiblerie ambiante, où il suffit de montrer la photo d'un handicapé, d'un enfant affamé ou d'un bébé ours polaire pour remporter l'adhésion des foules contre son intérêt, et sans réflexion ? Qui d'autre peut ignorer l'actualité qui soumet à son joug les princes et les ministres ?

Forcément décalée, et subversive, l'Eglise moderne. Porte-voix de la bien-pensance, du ministère de la santé (sur la question du préservatif par exemple), elle ne le sera jamais. Le Monde et TF1 jouent si bien ce rôle ! Forcément subversifs, les catholiques modernes, qui sont des consommateurs, des citoyens et des individus, mais un peu plus que cela. C'est une quatrième dimension qui nous est offerte, englobant les autres et leurs contradictions. A la fois individus sensibles à leur Salut, et éléments d'une chaine collective de "solidarité" et de responsabilité. Et avant tout, libre de dire "non" au siècle et à ses exigences.

(à suivre : le Catholicisme rapproche Dieu et les hommes)