mardi 31 mars 2009
La Religion Citoyenne Universelle, synthèse de l'athéisme occidental et de l'islam
Par le conservateur, mardi 31 mars 2009 à 18:11 :: Dictature du bien
Balayées les anciennes croyances, les vieux cultes à mystère. Les basiliques glaciales, privées d'un culte digne, ne retentissent plus que de prêches vides de sens, et de chansonnettes poussées sans conviction par une assemblée vieillissante. Place à la Religion Citoyenne Universelle. C'est le culte qu'il faut à notre temps !! Autoritaire, totalitaire, mais bienveillant, comme les anciens dieux. Il fera votre Bien ... contre votre gré.
Soft-Power
Bien évidemment, cette religion n'est pas constituée. Elle est un spectre omniprésent. Dépassé, le Vatican et sa structure pyramidale. Ses 1,1 milliards d'ouailles ne font pas le poids face aux réseaux informels qui forment la matrice de la Religion Citoyenne Universelle. Sa seule matérialité est dans les discours, et je devrais dire dans "Le Discours", ou la Doxa, lancinante petite musique répétée en boucle qui s'infiltre dans tous les jugements, s'invite dans toutes les familles, se glisse telle une ombre entre les amis, les proches, pose une main squelettique sur les épaules des présentateurs de télévision, ou les profs encartés.
La Religion Citoyenne Universelle définit le discours ambiant, la "bien pensance", elle maîtrise tous les canaux d'informations ou presque. Elle ne supporte aucun contre-pouvoir, qu'elle discrédite par les méthodes classiques du mensonge, de la dénonciation citoyenne, de l'empire de l'émotion sur la raison. Le lynchage de Benoit XVI est en une illustration parfaite : inutile qu'une grande loge émette une opinion normative : mille petits soldats zélés et animés du même élan se chargent de la dénonciation, de l'invective, de la condamnation. Jouant sur les slogans simplistes, elle utilise le pouvoir de l'image sur la raison. Que peut bien faire la raison face à la pornographie émotionnelle, cet impératif d'empathie dont les victimes médiatiques sont, comme par hasard, choisies très précisément. L'enfant serbe expulsé de son village, aux parents assassinés sera enterré une deuxième fois, pendant qu'on exige du spectateur une larme pour le-gentil-couple-gay-qui-ne-peut-pas-adopter. Piliers de l'occident, la croyance dans la Raison, et le rôle de l'écrit, sont foutus à la porte de nos écoles, de nos médias, de la Cité, au nom de l'image racoleuse, du slogan populo-progressiste.
Convergence avec l'islam
La Religion Citoyenne Universelle n'est pas une conséquence de l'islam, elle ne s'appuie pas sur ses textes, elle n'en reconnait pas le Dieu, mais elle en partage en revanche l'idée fondamentale : les hommes sont d'éternels enfants immatures, des "mineurs". Le libre arbitre n'a plus sa place, dans un monde où les conséquences de nos actes sont épiées, observées, analysées par des bataillons d'économistes, d'environnementalistes, de médecins hygiénistes. L'homme moderne est éclairé par des projecteurs géants et inquisiteurs comme une souris clouée à une planche de liège, le ventre ouvert. Il faut encadrer nos actions et nos opinions par la loi, ou par d'omniprésents impératifs citoyens. C'est le rôle dévolu à la Religion Citoyenne Universelle, productrice de discours, qui les diffuse et assure la mise à l'écart des contrevenants par l'opprobre publique sous sa forme la plus basique redoutablement efficace : la reductio ad hitlerum. Benoit XVI ? Un nazi, d'ailleurs il est allemand. Les opposants au réchauffement climatique ? Des fachos. Vous connaissez le refrain, à vous de composez la chansonnette.
L'islam procède de la même idée fondamentale : le libre arbitre humain n'a pas sa place. Toute la vie du croyant, toutes les étapes de sa journée sont régies par une longue liste d'interdictions / autorisations - la distinction haram / halal. L'homme, enfant incapable de choix rationnels, est ainsi encadré comme dans un troupeau. Réputé vicieux par nature, il est présumé coupable. Le voile, par exemple, prison pour la femme, est aussi insulte pour l'homme, dont le regard ou le désir sont forcément mauvais. La réussite de l'islam dans le monde oriental est inscrite dans l'histoire collective de ses terres anciennes : l'Orient, celui du Grand Roi de la Perse, a été de tout temps une gigantesque pyramide d'esclaves, l'islam n'a fait que se glisser dans ses habits prêt-à-porter.
Divergence avec le christianisme
On ne peut imaginer une opposition plus fondamentale, plus essentielle avec le christianisme, qui partagerait le "même Dieu et le même objectif" que l'islam si l'on croit le discours relativiste de nombreux prélats catholiques sous influences. Certes le christianisme connait son lot d'interdits, d'injonctions morales. Historiquement, ces injonctions catholiques n'ont pas connu la force des interdictions islamiques. De tout temps le christianisme a du composer avec un solide fonds de paganisme, de traditions populaires, de coutumes locales. Combien de bulles papales sont restées lettres mortes ! (*). L'interdit chrétien est soumis d'emblée à deux lois éternelles en occident : la séparation du temporel et du religieux, et l'existence d'hommes libres. L' "Homme libre", chose impensable dans l'orient ancien, voire dans l'orient moderne islamisé ! De tout temps, pourtant, des hommes libres existèrent en Europe, définis juridiquement dans le monde germanique - faut-il rappeler que FRANC veut dire homme libre, c'est sous l'habit du citoyen qu'ils existaient dans le monde grec et romain. Ils étaient soumis à ce titre à de nombreux devoirs, car rien n'est plus étranger à la notion antique d'homme libre que l'individu moderne hédoniste, égotiste et échangiste (au sens de pion d'une économie d'échanges affectifs, sociaux et économiques). Mais le Salut chrétien est un choix individuel, reposant sur le libre arbitre. Quelle différence avec l'islam. Et quel anti-modernisme !
Divergence avec l'islam
Si la Religion Citoyenne Universelle partage avec l'islam la tendance totalitaire (ou soft-totalitaire), elle s'en distingue par trois points fondamentaux, liés à son origine occidentale. Pour reprendre une grille de lecture classique de l'occident, celui-ci se distingue d'autres civilisations par le rôle de la femme et par la séparation temporel / spirituel qui exista de tout temps - y compris aux temps les plus "sombres" (SIC) du christianisme contrairement au discours révisionniste courant. Ces deux piliers ne sont pas compatibles avec l'islam. Si la place de la femme peut être "améliorée" dans un "islam réformé", la séparation des pouvoirs détruirait le cœur même de cette religion. La troisième divergence, évidemment, porte sur l'existence de Dieu. La Religion Citoyenne Universelle ne croit pas en Dieu, est-il nécessaire de le souligner. Artefact débile du monde ancien, Dieu, et ses types ou sous-manifestations diverses, n'est plus qu'une curiosité de bazar, un truc pour touristes, toléré à la condition impérative d'accepter le présupposé relativiste : toutes les "religions" sont équivalentes, et aucune ne peut revendiquer une Vérité universelle - et pour cause, seule la Religion Citoyenne est universelle !
Victoire paradoxale de l'athéisme
La Religion Citoyenne Universelle est athée, c'est entendu. Mais voila une victoire bien paradoxale pour l'athéisme : la séparation radicale du temporel et du spirituel a bien été réalisée, par la destruction du spirituel. Si la révolution abattit des milliers d'églises et d'abbayes, noya ou massacra à coup de piques des charettes de moines ou de simples croyants, c'est dans le cœur des gens que l'athéisme moderne mène la guerre. Un catholique français sur deux ne croirait pas en la Résurrection, paraît-il. Plus fort que les pontons de Rochefort ou que les murs éclaboussés de sang de la prison parisienne de la Force ! C'est la victoire radicale : maintenir le petit théâtre religieux du dimanche matin, vidé de sens et de croyance, qui devient même une caisse de résonance des impératifs citoyens d'écologie, de sexualité décomplexée, de condamnation des revendications identitaires !! Mais la victoire de l'athéisme est amère. Cette information n'est pas encore parvenue au cerveau de ses adeptes : l'athéisme vainqueur du spirituel a enfanté d'un monstre : le super-temporel qui prétend se glisser dans les habits du premier, reprendre à son compte les injonctions moralistes , la définition normative du Bien et du Mal, la soumission de la Liberté à un prétendu Salut citoyen (ou "public" pour reprendre une vieille terminologie bien française qui sent bon le charnier).
Car la Religion Citoyenne Universelle est bien une religion, et non une philosophie. Ses croyances, le culte de l'Hygiénisme, du Métissage, de l'Ecologie contre l'homme, de la Famille-non-biologique, donc plus fragile, et de son corollaire, l'individu isolé privé de toute capacité de défense face au groupe, tout cela ne cohabite pas avec la Raison. Elle ne s'embarrasse même plus de démonstrations, ne règne plus que par injonctions, anathèmes, dénonciations. Régis Debray, dans son dernier livre, évoque la religion civique américaine qui fonde cette nation et n'a plus grand chose à voir avec le Dieu des chrétiens, pour rebondir sur la France, dont la République échoua, selon lui, à établir une religion civile de remplacement. C'est par le vent du large, nous renvoyant à la figure les revendications contradictoires enfantées par la Révolution, que nous revient cette folie, plus forte que l'Etat, plus forte que nos politiques réduits à des perroquets.
Croyez, citoyens, ou soyez maudits !!
(*) comme telle bulle dénonçant les "poulaines", ces chaussures médiévales démesurées, qui provoqua l'hilarité de l'Europe
