Si vous êtes snob, nul doute que vous aller courir à cet évènement/exposition que nous offre la Puissance Publique, dans un geste auguste de magnificence. Car que serait le snob sans la certitude d'être bien dans son époque ? Et quel plus formidable moteur pour l'art contemporain que le snobisme, main dans la main, évidemment avec la spéculation.

Si vous êtes un snob réac (du genre à lire la réacosphère par exemple), en revanche, votre premier mouvement sera le rejet pavlovien. Mais réfléchissez donc un peu ... Tout d'abord c'est tellement commun de dire dans les dîners, que l'art contemporain c'est de la merde. Presque aussi commun que d'en dire que c'est trop géniââââl, canon et tout ça. Ensuite, si vous avez pas mal picolé (*), quelle bonne occasion de rire entre amis ! Qui plus est, enfin un truc que vous pourrez raconter à vos amis de gauche ou lecteurs du Figaro - parce que votre pèlerinage à la Sainte Tunique d'Argenteuil, impossible ...

Comment rester impassible devant cet âne-peintre grandeur nature "présentant son unique chef d'oeuvre" pendant que des milliers d'inconnus récitent tour à tour des pages de Proust, (entreprise qui ne s'achèvera parait-il qu'en 2050). Comment rester de glace devant cet arbuste dont les fleurs sont en jambon et sous le clocheton du grand palais d'où un phare rouge diffuse en morse l'intégralité de Don Quichotte !

Mais surtout, vous qui riez, ne passez pas à côté du chef d'oeuvre du salon. Si vous n'y prenez garde, vous risqueriez de l'ignorer : ce sont les textes d'accompagnement évidemment ! Car que serait l'AC sans ce verbiage impossible mais vrai qui accompagne la plus modeste des oeuvres. Grâce à l'Art Contemporain, en effet, l'art est enfin devenu intelligent, alors qu'avant, il était bête, mais bête ...

Aujourd'hui, les oeuvres n'ont plus de titre d'objet de sens de messages, tous ces artefacts désormais remisés dans les greniers des musées. Les oeuvres, qui n'en sont plus de leur propre aveu, questionnent, interpellent, mêlent artistes et publics dans un "renversement singulier mais salutaire des rôles". Le visiteur est lui même "l'oeuvre inachevée" invité pourtant à prendre pour argent comptant l'univers onirique proposé par l'artiste, à contempler ce "futur parallèle uchronique mais qui ne manque pas d'humour", à suivre le créateur dans sa tentative révolutionnaire de "détruire la force ready-made (de poubelles domestiques, NDLR) pour leur enlever leur puissance".

Le "pitch" de la manifestation résume à lui seul cet esprit (prétendu)-nouveau :

" Sous la spectaculaire nef du Grand Palais , la "géologie blanche " crée le premier Espace-Temps qui accueille les œuvres des « Résidents ». Univers de plaques tectoniques, coiffées de volumes jaillissant du sol, qui se déploient et se répartissent en fonction de l'expressivité singulière de chaque œuvre ou ensemble d’œuvres exposées. C'est un monde de matière, un espace ample et généreux, dont les mouvements et les figures sont façonnés comme un environnement architectural, à mi-chemin entre village et paysage. Cet univers de situations artistiques autonomes, closes et intimes, ou largement ouvertes sur l’extérieur, crée les conditions d’une relation dynamique entre les œuvres, le public et l’espace qui les accueille, transformant la visite en expérience poétique intense. "

Il y a dans tout cela une veine lyrique injustement ignorée, un excitant viol du rôle du langage auquel on aimerait se joindre, voyeuristes que nous sommes, une véritable poésie imbécile ... Une démonstration également que trop d'intelligence tue l'intelligence et que le maniement d'un vocabulaire pédant et rabaché à longueur d'expositions ne "fait pas sens". Parfois, l'on évolue à la limite de l'écriture automatique, à laquelle se livrent peut être les commissaires à l'issue de soirées fort épicées.

Mais, de grâce, si vous suivez mon bon conseil, n'allez pas embêter les gentilles "médiatrices culturelles" ! Pour qui je passerais moi ? Ou alors, si vous tenez vraiment à le faire, sachez les aborder. Si vous êtes un habitué des grands antiquaires, vous direz "pouvez-vous m'en dire plus sur cette oeuvre mon petit ?". Sinon, dites simplement "eh mamzelle c'est quoi cette énorme saucisse ??". Ou bien, tout simplement, suivez les conseils bienveillants du Ministère de la C.....cc....culture :

" Avant d’entamer le dialogue avec un médiateur, le visiteur se laisse guider par sa curiosité et l’expérience sensible de la découverte des œuvres, addition de chocs visuels et intellectuels dans une scénographie inédite. "

(*) avec modération, ne prenez pas votre voiture, coupez les lumières et fermez l'eau, lavez vous les mains et portez un masque si vous avez de la fièvre et que vous toussez. cet interlude vous est proposé par le ministère de la santé durable

Encore merci à :