La maîtrise de l'orthographe lexicale (le respect de la graphie des mots) serait un "don" (fondé sur la mémoire visuelle), et non le fruit d'un apprentissage. Voilà l'argument qu'avance M. de Closets, productif écrivain de livres populistes, pour appeler de ses voeux une "désacralisation de l'orthographe". M. de Closets reconnait lui même en être une victime.

Ce monsieur me fait penser à tous ces bourges tendance sarkozyste qui prétendent être modernes en avançant des idées prétendues iconoclastes, mais qui n'ont pas la moindre idée du monde dans lequel nous vivons en réalité. Ils ont des comptes à régler mais ne mesurent pas à quel point leur petite vendetta, appliquée au niveau de la société, peut se révéler catastrophique. Au lieu de se payer une analyse avec les revenus de ses précédents bouquins qui-enfoncent-des-portes-ouvertes, M. de Closets se croit malin de se vider en public.

Oui, beaucoup de gens, en particulier les djeunz sont "challengés" niveau orthographe. C'est un fait. Mais la plupart du temps, ce n'est pas une question de mémoire visuelle, mais tout simplement parce qu'ils ne lisent plus, et qu'ils s'en tapent, symptôme d'un déclin du niveau d'éducation. Certains écrivent tellement mal qu'ils en deviennent incompréhensibles. Abaisser les exigences en orthographe, ce n'est pas rendre service, c'est condamner un peu plus à l'exclusion sociale des gens qui ont déjà un lourd passif. C'est renoncer par ailleurs un peu plus à transmettre notre culture. Mais cela, M. de Closets qui ne doit pas beaucoup sortir du 6 ème arrondissement, s'en rend t-il compte ?

Suivons l'argument de Closets : la bosse de l'orthographe serait physiologique, et donc à l'origine de discriminations. Un pas de plus, et des parents attaqueront en justice l'Educ Nat pour que l'on cesse de noter leur enfant "challengé" sur l'orthographe. A partir de là, tout est possible. Si l'orthographe n'est plus notée, elle ne sera plus enseignée ou étudiée avec sérieux, c'est une loi naturelle.

Evidemment prétendre qu'il existe au niveau du lycée des discriminations fondées sur l'orthographe est aberrant au regard du taux de succès au BAC. Je pense que depuis longtemps l'orthographe n'est plus considérée comme sacrée par les enseignants. Où par ailleurs M. de Closet se contredit lui-même, en avançant l'argument du clavier "qui révolutionne la manière d'écrire", c'est que les claviers ont justement des correcteurs orthographiques, corrigeant ainsi ce qui constitue à ses yeux une discrimination. J'ajoute que certains ont des problèmes de coordination ou de réflexes : faut-il arrêter d'enseigner le code de la route ?

Comme tous les gens trop intelligents (sur le papier), M. de Closets oublie les lois de base de mère nature. C'est la contrainte qui fait progresser. L'absence de contrainte entraîne le déclin des organismes vivants.

PS : je n'ai pas moi même la prétention de maîtriser l'orthographe.

PS2 : les mauvaises langues disent que ce livre est une commande d'un certain Nicolas S., homme influent, qui ne supporterait pas ce qui le dépasse. Après avoir poursuivi de sa hargne la culture générale, c'est l'orthographe qui serait désormais dans son collimateur.

PS3 : à une époque M. de Closets faisait dans le culturel. Je n'ai jamais vu un tel monceau de contresens et une telle confusion entre la science historique et la fiction. A part sur Arte peut-être ...