. . . . . . . . . . . . un blog conservateur parmi tant d'autres . . . . . . . . . . .

dimanche 10 mai 2009

Allez/N'allez pas à la Force de l'Art

Si vous êtes snob, nul doute que vous aller courir à cet évènement/exposition que nous offre la Puissance Publique, dans un geste auguste de magnificence. Car que serait le snob sans la certitude d'être bien dans son époque ? Et quel plus formidable moteur pour l'art contemporain que le snobisme, main dans la main, évidemment avec la spéculation.

Si vous êtes un snob réac (du genre à lire la réacosphère par exemple), en revanche, votre premier mouvement sera le rejet pavlovien. Mais réfléchissez donc un peu ... Tout d'abord c'est tellement commun de dire dans les dîners, que l'art contemporain c'est de la merde. Presque aussi commun que d'en dire que c'est trop géniââââl, canon et tout ça. Ensuite, si vous avez pas mal picolé (*), quelle bonne occasion de rire entre amis ! Qui plus est, enfin un truc que vous pourrez raconter à vos amis de gauche ou lecteurs du Figaro - parce que votre pèlerinage à la Sainte Tunique d'Argenteuil, impossible ...

Comment rester impassible devant cet âne-peintre grandeur nature "présentant son unique chef d'oeuvre" pendant que des milliers d'inconnus récitent tour à tour des pages de Proust, (entreprise qui ne s'achèvera parait-il qu'en 2050). Comment rester de glace devant cet arbuste dont les fleurs sont en jambon et sous le clocheton du grand palais d'où un phare rouge diffuse en morse l'intégralité de Don Quichotte !

Mais surtout, vous qui riez, ne passez pas à côté du chef d'oeuvre du salon. Si vous n'y prenez garde, vous risqueriez de l'ignorer : ce sont les textes d'accompagnement évidemment ! Car que serait l'AC sans ce verbiage impossible mais vrai qui accompagne la plus modeste des oeuvres. Grâce à l'Art Contemporain, en effet, l'art est enfin devenu intelligent, alors qu'avant, il était bête, mais bête ...

Aujourd'hui, les oeuvres n'ont plus de titre d'objet de sens de messages, tous ces artefacts désormais remisés dans les greniers des musées. Les oeuvres, qui n'en sont plus de leur propre aveu, questionnent, interpellent, mêlent artistes et publics dans un "renversement singulier mais salutaire des rôles". Le visiteur est lui même "l'oeuvre inachevée" invité pourtant à prendre pour argent comptant l'univers onirique proposé par l'artiste, à contempler ce "futur parallèle uchronique mais qui ne manque pas d'humour", à suivre le créateur dans sa tentative révolutionnaire de "détruire la force ready-made (de poubelles domestiques, NDLR) pour leur enlever leur puissance".

Le "pitch" de la manifestation résume à lui seul cet esprit (prétendu)-nouveau :

" Sous la spectaculaire nef du Grand Palais , la "géologie blanche " crée le premier Espace-Temps qui accueille les œuvres des « Résidents ». Univers de plaques tectoniques, coiffées de volumes jaillissant du sol, qui se déploient et se répartissent en fonction de l'expressivité singulière de chaque œuvre ou ensemble d’œuvres exposées. C'est un monde de matière, un espace ample et généreux, dont les mouvements et les figures sont façonnés comme un environnement architectural, à mi-chemin entre village et paysage. Cet univers de situations artistiques autonomes, closes et intimes, ou largement ouvertes sur l’extérieur, crée les conditions d’une relation dynamique entre les œuvres, le public et l’espace qui les accueille, transformant la visite en expérience poétique intense. "

Il y a dans tout cela une veine lyrique injustement ignorée, un excitant viol du rôle du langage auquel on aimerait se joindre, voyeuristes que nous sommes, une véritable poésie imbécile ... Une démonstration également que trop d'intelligence tue l'intelligence et que le maniement d'un vocabulaire pédant et rabaché à longueur d'expositions ne "fait pas sens". Parfois, l'on évolue à la limite de l'écriture automatique, à laquelle se livrent peut être les commissaires à l'issue de soirées fort épicées.

Mais, de grâce, si vous suivez mon bon conseil, n'allez pas embêter les gentilles "médiatrices culturelles" ! Pour qui je passerais moi ? Ou alors, si vous tenez vraiment à le faire, sachez les aborder. Si vous êtes un habitué des grands antiquaires, vous direz "pouvez-vous m'en dire plus sur cette oeuvre mon petit ?". Sinon, dites simplement "eh mamzelle c'est quoi cette énorme saucisse ??". Ou bien, tout simplement, suivez les conseils bienveillants du Ministère de la C.....cc....culture :

" Avant d’entamer le dialogue avec un médiateur, le visiteur se laisse guider par sa curiosité et l’expérience sensible de la découverte des œuvres, addition de chocs visuels et intellectuels dans une scénographie inédite. "

(*) avec modération, ne prenez pas votre voiture, coupez les lumières et fermez l'eau, lavez vous les mains et portez un masque si vous avez de la fièvre et que vous toussez. cet interlude vous est proposé par le ministère de la santé durable

Encore merci à :


samedi 18 avril 2009

Solidarność : Katyn, le dernier film d’Andrzej Wajda

Lancement étouffé par les réseaux de distribution, le Centre National du Cinéma et couverture -comprendre chape- médiatique : Katyn, le dernier film d’Andrzej Wajda est donc sorti en catimini début avril dans une dizaine de salles sur toute la France...Vous êtes prié de ne surtout pas en parler.

Cette censure est d'autant plus insupportable que ce génocide « de classe » a été suffisamment falsifié, occulté par l'histoire pour des raisons géopolitiques. Aussi à ce seul titre, le caractère pédagogique et informatif de ce film justifiait bien une large communication au grand public et quelques subventions du CNC qui arrosent habituellement à tout va...des bouses cinématographiques.

Le moins que l'on puisse dire c'est que le mur idéologique n'est toujours pas tombé à l'ouest en 2009 et que la chape « de plomb » perdure. Les maitres du divertissement, anciens adeptes des « paradis populaires » veillent à la doxa inventée et toujours en vigueur depuis Nuremberg.

Que rien ne vienne brouiller et redistribuer les repentances obligatoires, les devoirs de mémoires attribués et subventionnés, les médailles vertueuses et les hontes éternelles...

Bref, que tout ce qui puisse révéler la supercherie soit étouffé. Et ce n'est pas quelques polonais catholiques, bien-nés donc bien massacrés qui vont nous gâcher cette grande fraternité, cette communion universelle.

F

mercredi 8 octobre 2008

L'exposition Picasso va ouvrir ses portes

Ah, si les tableaux pouvaient parler.



mardi 12 août 2008

N'allez pas voir Wall-E ...

Si vous ne supportez pas la voix de Pascale Clark, qui constitue pour tout affranchi le cauchemar incarné de La Voix diffusée en boucles dans les camps de rééducation progressistes, n'allez pas voir le nouveau Pixar. La "voix off", c'est en effet celle de la kapo-rééducatrice sado-maso-engagée. Tout rapport avec la réalité est évidemment purement fortuit :

"Alors le problème – le malaise – tout au long de ce film, c’est la voix off. La voix de l’ordinateur central. Une voix douceâtre, pédagogique, et qui ne cesse de mentir aux derniers survivants de l’espèce humaine. Pour leur bien. Une voix familière. Mais qui ? Voyons voir… Le générique de fin défile et indique : Sigourney Weaver pour la version anglophone. Nous voilà bien renseignés. Lumières allumées et salle vidée, il faut attendre les toutes dernières lignes pour découvrir le pot au rose : cette voix, celle du robot central, qui endort et berne son monde d’un ton d’évidence monocorde, appartient à… Pascale Clark." (Causeur)

Cultural GangBang

dimanche 6 juillet 2008

Les musées français sont en crise !!

Il faut absolument que je vous parle de l'institution muséale, qui traverse une grave crise, chers lectrices, lecteurs et lec-trans. Aujourd'hui c'était gratuité dans les musées de Paris, alors j'ai pu constater que ça ne m'améliorait pas, mais alors pas du tout. Les musées n'affichent aucune diversité !! Certes, il y a le personnel qui est très divers, mais ça, c'est grace à la discrimination positive, ça ne s'est pas fait tout seul, bon sang !

J'ai du me pincer pour le croire : des salles entières de tableaux représentant des blancs à perte de vue ! Bon, c'était des sujets ennuyeux, alors c'est moins grave, mais quand même ! Imaginez le préjudice sur un jeune encore fragile dans la construction de son identité, et qui, malgré ses 10 ans, comprend déjà qu'il sera victime de discrimination à l'embauche - et ce grâce à un entretien citoyen avec une psychologue. Enfin, "entretien", le gamin n'a pas pu en placer une et c'est la psy qui a parlé pendant une heure, mais, bon, c'est les adultes qui savent. Alors, on m'avait raconté qu'à certaines époques des personnages avaient été repeints, par exemple pour cacher leur nudité (sûrement par des homophobes). Donc c'est possible, alors qu'est ce qu'on attend ??

C'est à se demander s'il faut encore que l'Etat entretienne des musées qui n'attirent que des blancs ... Après tout, ce n'est pas avec une culture du passé (dépassée ?) que l'on va bâtir une France plus juste et plus diverse, et, partant,un monde meilleur ! Bon, je ne sais plus quel grand homme politique du XX ème siècle a fustigé les "gens du passé" pour qui on avait réservé un traitement spécial, mais vraiment quand je visite certains musées, je comprends mieux son point de vue !

Il FAUT imposer des quotas de diversité dans le public des musées. Je pense proposer l'idée à Christine Boutin qui est très ouverte, m'a-t-on dit, sur l'idée des quotas et qui traite de connards ceux qui osent critiquer sa prétendue naïveté. Naïve !! J'appelle plutôt cela de la tolérance, moi, et j'applaudis. Et puis bon, pas si naïve, c'est quand même la seule a droite à avoir compris que le Pacs n'était pas ce qui était annoncé. Bref, il faudrait fixer un nombre limite de blancs, et au delà, on repousse les visiteurs, au canon à eau si nécessaire. Ca permettra aux camarades gardiens de rentrer plus tôt à la maison. C'est toujours ça que les actionnaires de l'Etat n'auront pas.


samedi 17 mai 2008

"Désacraliser le Louvre, pour quoi faire ?" par Aude de Kerros

L'excellente Aude de Kerros nous propose une analyse séduisante et pessimiste de la "manifestation" Jan-Fabre-au-Louvre (TM). Mais avant de laisser la parole à cette brillante pourfendeuse de la connerie culturelle, un petit avant propos énervé de mon cru :

Selon Mme de Kerros, la direction technocratique du Louvre participerait à l'entreprise généralisée de desctruction du patrimoine symbolique et culturel vieil-européen. La culture bling-bling ne fait pas bon ménage avec les vieux musées. Pensez-vous : pour apprécier ces toiles noircies ou ces statues poussiéreuses, il faut apprendre ! quel scandale : rien de plus anti-démocratique. Ne souhaitant plus rien transmettre, nos élites développent une grande vision moderne du musée : un théatre où les oeuvres incomprises et méprisées ne seront plus que le fond décoratif à des happenings, des installations associant provocation et marketing.

Pour ce qui est de la provocation, je réitère cette proposition de mon cru : je croirais vraiment que le petit nullocosme de l'art contemporain a une vraie paire de c......... lorsque je verrais un monument aux 200 000 victimes de l'avortement exposé temporairement dans une salle du Louvre.

Ce soir, c'est la nuit des musées. Encore une occasion d'utiliser les monuments et la patrimoine comme un prétexte à étaler la non-pensance progressiste, à grand renfort de tam-tams, de Lights&Magics et d'occupations symboliques et anti-symboliques. Bref. L'institution muséale est en crise. Comment transmettre sans faire oeuvre de pédagogie, comment démocratiser sans abaisser ? A ce titre, le Louvre apparaît comme un anachronisme. C'est un outil destiné à un public averti, dans lequel est lâché un public ignorant, abêti, ou tout simplement abandonné à son sort. Démocratisation ? Dites plutôt une l'expression du mépris des élites éclairées pour le peuple.

Légitimer et consacrer l'Art contemporain

Henri Loyrette a fixé deux nouvelles missions au Louvre : légitimer et consacrer l'Art contemporain, missions qu’il justifie en évoquant la nécessaire « démocratisation » du musée par la conquête des publics réfractaires au « grand art », mais qui se doivent de consommer du musée par souci d'égalité républicaine

Il s’agit d'« établir le dialogue entre les artistes du passée et les artistes contemporains ». Le document officiel de présentation distribué au visiteur note : « Jan Fabre, à l'œuvre pluridisciplinaire transgressant les genres et les frontières, répond particulièrement bien aux enjeux du musée ». C'est une nouvelle formule de transgression adaptée aux grands musées : « la transgression par le dialogue ».

Pour faire la démonstration de la pertinence de ce concept audacieux, le prospectus fait appel à quelques syllogismes du genre : Jan Fabre est comparable aux peintres flamands parce qu'il est flamand, parce qu'il emploie du sang et des os dans ses installations, quand les peintres les utilisaient dans leurs pigments. Ils abordent les mêmes thèmes ! La vie, la mort, etc. Quand Rubens fait une crucifixion, Fabre apporte une pierre tombale, CQFD. Ces jeux sémantiques et ces figures de rhétorique avaient fait l'immense succès du Salon des Arts Incohérents entre 1882 et 1896, Dada avait suivi. Le Louvre en fait un document sentencieux et solennel, énonçant la nouvelle doxa muséale — voilà ce que n'avaient pas conçu les “Incohérents” dans leurs plus drolatiques délires !

(...)

Rentabiliser le Louvre en le désacralisant

Au delà des mécanismes de spéculation mercantile, par définition obscures, la stratégie à long terme de cette exposition « blockbuster » est de faire évoluer les attitudes mentales du public par rapport au patrimoine. En désacralisant le Louvre, en le relativisant, on habitue celui-ci à accepter que l'on déplace, loue, délocalise des œuvres en montrant autre chose à la place, facilement disponible, comme de l'AC 2. M. Henri Loyrette, tout conservateur qu'il est, s'est rallié à l'idée de rentabiliser les « biens immatériels » que sont les collections, comme des marchandises 3, idée qui a fait son chemin dans l'esprit des hauts fonctionnaires passés par l'ENA, qui dirigent de plus en plus les musées à la place des conservateurs.

Henri Loyrette travaille pour les hauts salaires du Louvre et pour la magnificence que donne l'argent dans une institution qui en manque toujours, c'est son combat. Il rencontre une résistance de la part de beaucoup de conservateurs 4 qui ont le mérite d'être informés et de connaître la question. Il lui faut donc travailler l'opinion publique contre ceux-ci en offrant un spectacle, une polémique. Grâce au parti-pris des grands médias, les expert récalcitrants seront qualifiés de « réactionnaires » et « plus ». Ils ne seront plus des références mais des hypocondriaques dangereux.

(source : Liberté Politique)


vendredi 11 janvier 2008

Illogique gratuité des musées ...

A l'image du Petit Palais de Paris, dont les collections permanentes sont gratuites, mais les expositions thématiques très chères. Ainsi la dernière exposition consacrée au grand sculpteur Jean Carriès, un artiste attachant et méconnu de la fin du XIX ème siècle, créateur d'un monde grenouiller et gothique, se voit condamnée par un billet d'entrée plein tarif à 9 euros ! Autant dire qu'il n'y a pas foule, malgré l'intérêt de l'oeuvre et la qualité du travail des commissaires.

Il y a là me semble-t-il quelque chose de profondément illogique. J'ai bien entendu les arguments des partisans de la gratuité, sur la démocratisation de la culture, etc. Toutefois ne serait-il pas préférable, et "démocratique" de permettre au plus grand nombre de découvrir un artiste comme Jean Carriès, avec un ticket d'entrée moins cher ? A ce titre, je préférerais une participation symbolique aux collections permanentes (2 ou 3 euros), qui permettrait de baisser le tarif des expositions. Cela serait moins idéologique, mais plus intelligent.


La matière de l'étrange, Jean Carriès (1855-1894) : jusqu'au 27 janvier


dimanche 23 septembre 2007

La renaissance des Bernardins dans quelques semaines

Quelques belles images pour oublier le vandalisme, celles d'une renaissance. Annoncée pour octobre 2007, il faudra peut être attendre quelques semaines de plus pour découvrir le nouvel aménagement de ce remarquable édifice médiéval, un des rares survivants des massives destructions qui défigurèrent Paris et privèrent notre belle capitale d'une âme irremplaçable, d'une profondeur culturelle, et d'un potentiel touristique qui fait de plus en plus défaut. Si Paris fut le centre du monde artistique et intellectuel au XIII ème siècle, il n'en reste rien ou presque. Les destructions des monuments médiévaux furent nombreuses avant la révolution. Elles furent massives au lendemain de la révolution lorsque les monuments, vendus comme biens nationaux, furent souvent rachetés par des entrepreneurs en bâtiment qui les dépecèrent. Soyons clair : ces destructions n'ont pas été une conséquence malheureuse. Bien au contraire, le motif principal de la dissolution des congrégations en 1789 fut la récupération des gigantesques domaines immobiliers des abbayes. Pour ce motif financier, des milliers de magnifiques bâtiments, leurs vitraux, leur programme sculpté, leurs tombeaux, leurs mosaïques, leurs fresques, tout fut détruit sans le moindre relevé. A Paris, les destructions continuèrent malheureusement jusqu'à la fin du XIX ème siècle. Le premier empire acheva la ruine des abbayes parisiennes au lieu de les relever. Les travaux haussmaniens ravagèrent l'ile de la cité, et la cité universitaire médiévale fut totalement éliminée - ainsi la bibliothèque du collège de Navarre, devenue école polytechnique, détruite en 1860. L'hôtel de la Trémoille, superbe édifice de la même époque que l' hôtel des abbés de Cluny, le fut dans les années 1880.

Bref, du patrimoine parisien médiéval ne demeure, en dehors de la cathédrale, de quelques églises et chapelles, que quelques monuments : le réfectoire des Cordeliers (à Odéon), le réfectoire de Saint-Martin des Champs (magnifique oeuvre attribuée à Pierre de Montreuil), le logis des Bernardins, la Conciergerie, les hôtels de Cluny et Sens (fort remanié), la poterne de l'hôtel de Clisson et la tour de l'hôtel de Bourgogne (dite tour de Jean sans peur). En dehors de cela, quelques caves voutées, et murs, comme le remarquable pignon du réfectoire de Saint Germain des Prés - autre oeuvre insigne du grand Pierre de Montreuil (*).

Le réfectoire XIII ème du collège des Bernardins est à plusieurs titres l'un des fleurons de ce maigre - mais remarquable corpus. Il s'agit, comme la plupart des constructions monastiques médiévales, d'un bâtiment de plan simple mais d'une remarquable réalisation. Plusieurs niveaux voutés, sans séparations, entre deux murs pignons sous une toiture à deux pans et à forte pente. Au sous-sol, un superbe cellier, jusqu'alors à demi enterré. L'étage principal est éclairé par une succession de grandes fenêtres à remplages. Aux Bernardins, la taille du bâtiment explique sa particularité : ses trois nefs, c'est-à-dire les deux colonnades parallèles. Un caractère assez courant à la période médiévale, aujourd'hui unique à Paris, et rare en France. Quant au reste du collège, il n'a pas survécu à la révolution, en particulier l'église, qui bien qu'inachevée semble fort belle sur les quelques documents que nous possédons - en particulier les gravures de Marot et le plan Turgot.

Occupés par diverses activités et par une compagnie de pompiers depuis 1789, le réfectoire (et la petite sacristie attenante) ont été récemment rachetés par le diocèse à la ville de Paris. Destinés à héberger l'école cathédrale, mais aussi un centre culturel, c'est un cadeau du cardinal Lustiger. Reste à évaluer la qualité de la rénovation. Si tout est mieux que la sombre caserne compartimée que quelques parisiens connaissaient, on attend impatiemment d'évaluer les aménagements modernes, en particulier en ce qui concerne le dernier étage, ruinés par les précédentes occupations, et totalement reconstruits ainsi que la charpente. La photo ci-dessus prises en cours de travaux laisse par exemple penser que les remplages des fenêtres n'ont pas été tous refaits.


(*) signalons aussi la tour du collège Fortet et ce qui reste du réfectoire de l'abbaye Ste Geneviève


jeudi 20 septembre 2007

Un beau château Louis XV détruit dans le Nord.

Des images rageantes. Comment cela est-il possible dans la France de 2007, réponse à la fin de l'article. Bref, le joli petit ensemble ci-dessous, chateau bâti en 1768, entouré d'agréables communs et prolongé par un charmant jardin et un magnifique bassin, tout cela situé à Hardinguen dans le Nord a fini sous les coups de la pelleteuse. (Selon l'excellente Tribune des Arts, via le Salon Beige)



Selon un échange aigre-doux mais fort instructif entre la Tribune des Arts et un responsable du patrimoine, une procédure de sauvegarde avait été lancée. L'acheteur, un promoteur vandale, profitant d'une faille de la loi, a pu néanmoins faire raser le monument en urgence. Voila un chantier dont Mme Albanel devrait se saisir. En effet cette pratique de la "destruction d'urgence" est-elle malheureusement courante.

Il me souvient qu'il y a quelques années le groupe Bouygues avait fait détruire en urgence un hall art déco magnifique (en Normandie ou en Bretagne) pour contrer une procédure de sauvegarde qui avait été initiée. Le même groupe Bouygues joue aujourd'hui les mécènes au Garde-Meubles Royal (place de la Concorde), et TF1 nous fait la promotion des journées du patrimoine. Mais quand nous regardons ailleurs ... Si vous me permettez cette considération un tantinet populiste, le fric dirige, et les médias enfument.


vendredi 7 septembre 2007

L'art médiéval, autour d'Emile Mâle

CanalAcademie nous propose un entretien passionnant avec le grand médiéviste Alain Erlande-Brandenbourg, autour d'Emile Mâle et son ouvrage fondamental : l'art religieux du XII ème au XVII ème siècle. Occasion de revenir sur l'un des fondateurs de l'histoire de l'art, mais également sur le "problème" de l'art chrétien médiéval, son rôle religieux et la révolution conceptuelle du XIII ème siècle.


vendredi 10 août 2007

Roland Recht : " L'Etat s'empare du patrimoine pour le monnayer "

Sur Canal Académie, l'excellent Roland Recht, historien d'art et professeur au Collège de France, nous explique l' OPA du monde politique et financier sur le patrimoine. Un processus de fond qui sape les bases du système de conservation et de recherche en histoire de l'art établi depuis le XIX ème siècle. Le temporel s'empare du symbolique pour le monnayer, après l'avoir vidé de son contenu symbolique. Roland Recht souligne que des projets comme le "Louvre Abu Dhabi" foulent au pied les règles de sécurité et de conservation appliquées jusqu'à présent aux oeuvres de notre patrimoine. Mais que pèsent de telles règles face à la perspective d'un énorme chèque de l'émir ?

La prise de pouvoir du politique sur le patrimoine et sur la direction des musées, manifestée entre autre par l'arrivée d'énarques gestionnaires à la place des conservateurs scientifiques, contient deux risques :

  • la mort potentielle de la recherche en histoire de l'art (déjà très faible en France), qui serait désormais soumise à des impératifs politiques voire médiatique, dont je vous laisse deviner les orientations (métissage et cie)
  • la lente destruction d'oeuvres fragiles réduites à un statut itinérant par des impératifs de turn-over et de rentabilité.

On rappelle que suite à la publication d'une tribune dénoncant le "Louvre Abu Dhabi", ses auteurs éminents, Françoise Cachin, Jean Clair et Roland Recht ont été sanctionnés administrativement, et exclus du comité de direction des musées de France par la précédente administration Chirac et son ministre Donnedieu de Vabres. En forme de protestation, d'autres membres de ce comité comme le grand Pierre Rosenberg ont jeté l'éponge. Occasion pour l'appareil de les remplacer par des énarques obnubilés par le fric sans aucune considération pour le plan symbolique.

Je conseille la lecture de deux ouvrages de Roland Recht, "A quoi sert l'histoire de l'art" chez Textuel ainsi que l'excellent "Le Croire et le Voir - l'art des cathédrales XII - XV ème s." chez Flammarion, un livre plutôt difficile d'accès.

NB : le dernier quart de l'émission est consacré à la "religion de la créativité" dans l'enseignement de l'art aux enfants. Du vitriol anti-68 à déguster.


vendredi 6 juillet 2007

La gratuité dans les musées est un mépris affiché pour la culture

Le mépris affiché par une partie de la droite pour le monde de culture est aussi imbécile que la prétention de la gauche à comprendre seule ce domaine. La proposition de gratuité des musées nationaux avancée par François Fillon manifeste le mépris de Nicolas Sarkozy pour la culture. Son idée avancée un temps de supprimer le ministère de tutelle aurait été utile. Ce n'est pas le cas de la gratuité, qui ne comprend que des inconvénients ou presque.

1. Pas de hausse du nombre de visiteurs

La plupart des expériences de gratuité montrent que le nombre de visiteurs n'augmente pas. "L'expérience a montré qu'après une pousée de la fréquentation les premiers mois, on revient à des chiffres habituels. Ce qui veut dire qu'on aura pas forcément élargi le socle mais qu'on aura moins de gains." selon Laurent Salomé, directeur des musées de Rouen (*).

Dans ce domaine, les contre-vérités s'accumulent. Le JT de TF1 à 20h hier soir interrogeait un responsable de la culture parisienne, parlant de la "hausse de 25% du nombre de visiteurs au musée d'art moderne de la ville de Paris". Il faut savoir d'une part que ce musée est resté fermé pendant de longues années, et d'autre part qu'il ne dispose pas de système de comptage des visiteurs. Pour visiter cet établissement de temps à autres, je peux vous garantir qu'il est aussi vide que les pistes cyclables de Mr. Delanoë.

2. Une perte sèche pour l'économie française

La plupart des visiteurs des grands établissements culturels sont étrangers. La proportion est de 65-70% pour le Louvre. La France est encore la première destination touristique du monde en termes de visiteurs, mais pas en ce qui concerne la dépense par visiteur. Le tourisme rapporte, à condition de ne pas le rendre gratuit. La gratuité se traduirait par une perte sèche inexplicable et sous-optimale. Rappelons que de nombreux "publics" bénéficient de la gratuité ou de tarifs outrageusement bas. (les enseignants, les jeunes, mais aussi les demandeurs d'asile bénéficient de la gratuité ou de tarifs "discount").

3. La culture a un prix ... et un coût

Il y a dans ce projet une profonde incompréhension de la nature humaine. Ce qui n'a pas de prix est dévalorisé. Les vandales du métro parisien sont pratiquement tous des resquilleurs et des "publics privilégiés". L'assistanat tellement décrié par la vulgate sarkozyste, Pour reprendre une phraséologie pompeuse de gauche, il faut un "investissement symbolique du citoyen" dans l'acte de "consommation culturelle", sous la forme d'une participation financière. Le prix permet par ailleurs de réguler les flux. On n'a pas trouvé de meilleur système jusqu'à présent.

Enfin il y a un mépris et une méconnaissance à concevoir le monde des musées comme un simple lieu de passage. Le travail de conservation, de restauration, de publication est coûteux. Le ministère de la culture a été contraint d'opérer des coupes claires dans le budget alloué au patrimoine sous l'administration Chirac - une décision grave qui n'a pas semblé empêcher Mr. Donnedieu de Vabres de dormir (battu depuis aux législatives, et c'est tant mieux). Dans ces conditions, faute d'un relais privé significatif (car les riches fuient la France), la gratuité ne ferait qu'aggraver la crise de moyens de notre "culture patrimoniale", fondement de notre identité nationale tant mise en avant par Mr. Sarkozy.

4. Un débat interdit ...

On sait comment la droite de Mr. Chirac a traité les responsables du monde de la culture, dans le cadre du projet Louvre Abu Dhabi. Michel Laclotte et Françoise Cachin, deux figures proéminentes qui avaient osé remettre en question publiquement ce projet ont été débarquées du conseil artistique des musées nationaux, entrainant la démission d'autres membres dont Pierre Rosenberg. S'agissant de la gratuité, il est à craindre que les responsables de musée n'osent pas s'exprimer dans un sens critique, au nom d'un prétendu devoir de réserve, de peur de sanctions. Il n'y aura donc pas de matière grise, mais un étalage de contre-vérités et de consternantes banalités à la TF1.

Notons enfin que Mme Albanel, ancienne patronne du domaine de Versailles, est décidémment bien mal placée pour défendre cette idée. Son ancien établissement est en effet l'un des plus chers de France et l'un de ceux qui ouvrent le plus rarement gratuitement (tarif le plus haut : 13,5 euros - le plus bas : 5 euros - journées gratuites par an : 5). Sa politique à Versailles fut d'augmenter le nombre de visiteurs, jusqu'à la mise en danger du site, pour générer plus de revenus.

Concluons sur le constat d'un problème réel, celui de la sous-fréquentation des musées par les français. Des pistes à évaluer sont le recours aux nocturnes, appréciées de ceux qui travaillent, ou la réduction des "tarifs hauts" parfois outrageux (8 euros pour les Arts Décos à Paris), mais aussi les "packs" ou les "billets à tiroirs" permettant de revenir pendant une durée déterminée. La culture mérite autre chose qu'un traitement médiatique non-pensant. Si l'on veut mobiliser les français autour de la culture et du patrimoine, la dévalorisation du musée n'est certainement pas la bonne approche ! On peut aussi se poser des questions qui fâchent : pourquoi les personnes issues de l'immigration ne mettent pas les pieds au musée, y compris dans les établissements gratuits ? Espère-t-on y répondre par une décision démagogique déconnectée de la réalité ?

(*) propos rapportés par Le Journal des Arts


dimanche 18 février 2007

La pensée athéo-conne du jour : Philippe Starck

" Evidemment je ne suis pas croyant, ça serait trop bête "


lundi 5 février 2007

Culture : le Palais de Tokyo devra renaître de ses cendres

C'est lors de l'anniversaire du Centre Pompidou jeudi dernier, que la mise à mort du Palais de Tokyo a été annoncée par le président de la République. Il était temps ! La dérive de cette institution ne connaissait pas de limites, sous la houlette de son directeur actuel, Bruno Racine.

Retour à la case départ ? Hier, lors de la cérémonie d'anniversaire, devant un aréopage grisonnant, Jacques Chirac a remis au centre Pompidou les clés du Palais de Tokyo. Très dégradé, ce bâtiment abritait le musée national d'Art moderne jusqu'à la création de Beaubourg. Depuis 2002, il accueille un site de création contemporaine. La «friche» permettra «la mise en valeur d'artistes confirmés de la scène française, dans les domaines des arts plastiques, du design, de la vidéo et du cinéma». Selon le président, le Palais pourra combler les «lacunes importantes» du centre, qui, faute de place, ne peut «présenter une vue complète de la scène artistique française». Il serait appelé à en piloter la restauration, pour une ouverture en 2009.

Le Palais de Tokyo est divisé en deux parties. Du côté gauche, c'est le musée d'art moderne de la ville de Paris, dont les collections permanentes sont gratuites, et qui organise de temps en temps une bonne exposition (comme Bonnard en 2006). Du côté droit, le Palais de Tokyo proprement dit était devenu un lieu de création et de happenings contemporains (*) très politisé, peu fréquenté, à l'exception de rares touristes un peu perdus, de jeunes et de pseudo intellos de gauche. Une population que je qualifierais de "bobolitiste", bobo et élitiste. Rarement une forme d'art n'a été plus absconse et plus fermée aux non initiés, tout en développant un discours sur la démocratisation de l'art. Pour y être passé régulièrement, je dirais que je n'en ai jamais eu pour mon argent. Un couteux billet d'entrée, souffrant dix mille exceptions, ainsi pour les journalistes ou les demandeurs d'asile, tout ca pour voir une petite dizaine d'installations dont la plupart laissent sans-voix, et ne déclenchent même pas le rire ou l'indignation qui doivent naitre d'une oeuvre contemporaine digne de ce nom (à défaut de l'émotion ou du pur plaisir esthétique, il ne faut pas rêver !).

C'est du côté politique qu'il fallait chercher l'objet social de ce " musée " : exposition séparant les visiteurs blancs des autres, histoire de surfer sur la mauvaise conscience, et l'idée que "nous sommes tous des colons", plusieurs décennies après Sartre, ou bien exposition dénoncant les effets des essais militaires américains sur tel minuscule ilot à l'autre bout de la planête. Bref, vous aurez compris le principe. L'art contemporain, à l'instar des artistes et des intellectuels de gauche, se croit l'héritier des révolutionnaires, des communards, des résistants, alors qu'il bouffe des macarons de chez Ladurée le dimanche midi. Lorsque le principe de dénonciation devient plus important que la cause défendue, il est temps de fermer boutique.

Ajoutons à cela que le Palais de Tokyo avait subi un véritable décapage de son aménagement intérieur frisant au vandalisme, s'agissant pourtant de l'un des plus beaux monuments des années 30 que compte Paris, bâtiment d'un extraordinaire classicisme donnant au béton ses lettres de noblesse.


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dimanche 10 décembre 2006

La vérité sort de la bouche des enfants ...

Déjà évoqué sur ce blog à propos de l'âge des enfants à la naissance, le bon sens enfantin m'a encore frappé aujourd'hui.

Alors que je visitais une exposition d'art contemporain, une fillette dit à son père très innocemment :

"tu me préviens quand c'est beau, hein papa ?"

!!

Constat simple, que seul un enfant "peut se permettre", que le sens commun n'est plus d'aucun secours face à l'art contemporain qui se trouve aujourd'hui dans une impasse, à force de "questionner" et d'abattre les idoles.