. . . . . . . . . . . . un blog conservateur parmi tant d'autres . . . . . . . . . . .

mercredi 12 septembre 2007

Le Testament de Saint Louis

Quel beau texte que ce testament de Louis IX à son fils Philippe le Hardi. A la fois simple et humain, ainsi qu'on imagine Saint Louis, à mille lieues de Machiavel. Un texte qui illustre également un rare moment où domine l' idéologie de convergence avec "Sainte Yglise". On sait quelles relations, de conflits mais aussi d'alliances objectives, ses successeurs entretiendront avec la papauté. (Lu sur Salve-Regina.com via le blog Petrus-Angel)

"

Beau Fils, la première chose que je t’enseigne est que tu mettes tout ton cœur à aimer Dieu. Car sans cela nul ne peut se sauver.

Garde-toi de faire chose qui à Dieu déplaise, c’est-à-dire mortel péché. Tu devrais même souffrir toutes manières de tourment plutôt que de pécher mortellement.

Si Dieu t’envoie adversité, souffre-la en bonne grâce et en bonne patience, et rends-Lui en grâce et pense que tu l’as bien desservi et qu’il tournera tout à ton profit.

S’il te donne prospérité, L’en remercie humblement, en sorte que tu n’en sois pas pire ou par orgueil ou par autre manière, de ce dont tu dois mieux valoir. Car l’on ne doit pas Dieu de ses dons guerroyer.

Confesse-toi souvent, et élis confesseurs prud’hommes qui te sachent enseigner ce que tu dois faire et de quoi tu dois te garder…

Le service de Sainte Eglise écoute dévotement sans bourder et rire, regarder çà et là ; mais prie Dieu de bouche et de cœur en pensant à Lui dévotement et spécialement à la Messe à l’heure que la Consécration est faite.

Le cœur aie doux et pitoyable aux pauvres et à ceux qui souffrent de cœur et de corps, et les conforte et leur aide selon ce que tu pourras.

Maintiens les bonnes coutumes du royaume et les mauvaises abaisse.

Ne convoite pas sur ton peuple, ne le charge pas d'impôts ni de taille, et si ce n’est par trop grand besoin.

Si tu as quelque affliction de cœur, dis-la aussitôt à ton confesseur ou à quelque prud’homme. Ainsi tu la porteras plus légèrement.

Gardes que tu aies en ta compagnie tous prud’hommes, soit religieux, soit séculiers ; aie souvent parlement avec eux et fuis la compagnie des mauvais.

Et écoute volontiers les semons ou publics ou privés ; et recherche volontiers prières et pardons.

Aime tout bien et hais tout mal en quoi que ce soit.

Nul ne soit si hardi qu’il dise devant toi parole qui attire ou pousse à pécher, ou qu’il médise par détraction.

Ne souffre que l’on dise devant toi nulle vilenie de Dieu ni de ses saints, que tu n’en fasses tantôt vengeance.

Rends souvent grâces à Dieu de tous les biens qu’Il t’a faits, afin que tu sois digne d’en plus avoir.

Pour justice et droiture garder, sois raide et loyal envers tes sujets, sans tourner ni à droite ni à gauche, mais toujours droit.

Et si un pauvre a querelle contre un riche, soutiens le pauvre plus que le riche jusques à temps que la vérité soit éclaircie.

Si quelqu’un a querelle contre toi, sois toujours pour lui et contre toi jusque l’on sache la vérité. Car ainsi jugeront les conseillers plus hardiment selon droiture et selon vérité.

Si tu retiens rien d’autrui, ou par toi ou par tes devanciers, si c’est chose certaine, rends sans tarder. Si c’est chose douteuse, fais enquérir par sages hommes en hâte et diligemment.

À cela tu dois mettre toute ton attention que tes gens et tes sujets vivent en paix et en droiture sous toi, mêmement les bonnes villes et les bonnes cités de ton royaume ; et les garde en l’état et en la franchise où tes devanciers les ont gardées. Et s’il y a choses à amender, amende-les et les redresse, et les tiens en faveur et amour.

Car par la force et la richesse de tes bonnes villes, les particuliers et étrangers redouteront de se mal conduire envers toi, spécialement les pairs et les barons. Il me souvient de Paris et des bonnes villes de mon royaume, qui m’aidèrent contre les barons quand je fus nouvellement couronné.

Honore et aime particulièrement les religieux et toutes personnes de sainte Eglise.

L’on raconte du roi Philippe, mon aïeul, qu’une fois un de ses conseillers lui dit que la sainte Eglise lui faisait grands torts et forfaits, en ce que les clercs lui ôtaient de son droit et empiétaient sur sa justice ; que c’était grande merveille qu’il le souffrît. Et le bon roi répondit qu’il le croyait bien. Mais quand il regardait les bontés et les courtoisies que Dieu lui avaient faites, il aimait mieux laisser son droit aller que susciter contestation ou scandale à la Sainte Eglise.

À ton père et à ta mère tu dois honneur et révérence porter, et garder leurs commandements.

Aime tes frères et veuille toujours leur bien et leur avancement, et tiens leur lieu de père pour les enseigner sur tout bien. Garde-toi que, par amour pour eux, tu te détournes de faire droit et que tu ne fasses à autrui chose que tu ne dois.

Donne les bénéfices de sainte Eglise à personnes bonnes et dignes, et sur le conseil de prud’hommes. Et donne à ceux qui n’ont rien de sainte Eglise.

Garde-toi d’exciter guerre sans très grande délibération et surtout contre tout homme chrétien. S’il faut la faire, garde sainte Eglise et ceux qui n’ont en rien méfait, de tout dommage.

Apaise au plus tôt que tu pourras guerres et conflits soit tiens, soit de tes sujets comme Saint Martin faisait ; car, au temps que par Notre Seigneur il savait qu’il devait mourir, il alla pour mettre la paix entre les clercs de son archevêché ; et lui fut avis que, ce faisant, il faisait bonne fin.

Sois diligent d’avoir bons prévôts et bons baillis et enquiers souvent d’eux et de ceux de ta maison, comme ils se conduisent.

Cher Fils, je t’enseigne que tu sois toujours dévot à l’Eglise de Rome et au souverain pontife, notre père, et que tu lui portes révérence et honneur comme tu dois à ton père spirituel. Travaille-toi à empêcher tout péché et principalement vilain sermon et fais détruire les hérésies suivant ton pouvoir.

Encore je te requiers que tu reconnaisses les bienfaits de Notre-Seigneur et que tu lui rendes grâces et merci.

Prends garde que les dépenses de ton hôtel soient raisonnables et mesurées.

Enfin, doux fils, je te conjure et requiers que, si je meurs avant toi, tu fasses secourir mon âme en messes et oraisons, par tout le royaume de France, et que tu m’accordes une part spéciale et plénière dans tout le bien que tu feras.

En dernier, cher fils, je te donne toutes bénédictions que bon père et pieux peut donner à son fils, et que benoîte Trinité et tous les saints te gardent et te défendent de tout mal ; et que Dieu te donne sa grâce de faire sa volonté toujours, de sorte qu’il soit honoré par toi.

Et que nous puissions après cette mortelle vie être ensemble avec Lui et Le louer sans fin.

Amen.

"


NB : Les puristes hurleront au sacrilège. En effet la statue ci-dessus n'est pas Saint-Louis, mais considérée comme Childebert. Toutefois, cette pure merveille de sculpture gothique, provenant du trumeau du réfectoire de St Germain des Prés (et aujourd'hui au Louvre) fut sculptée à l'époque de Saint Louis, et illustre le style parisien des années 1240-1250, qui représente peut être avec le portail de Reims, et la sculpture de Naumburg en Allemagne le climax de la sculpture médiévale, son "age classique". Un art inconnu des italiens de la Renaissance qui autrement n'aurait pas osé émettre à l'endroit du moyen-age leurs méprisantes, et finalement ignorantes théories qui causèrent tant de dégât à notre patrimoine et à notre amour-propre. Rajoutons que le-dit réfectoire, dont il reste un pan magnifique mais caché dans une cour d'immeuble inaccessible, fut élevé par le présumé "Pierre de Montreuil", architecte de la Sainte Chapelle pour le compte de Louis IX.


jeudi 28 juin 2007

Les rendre fiers d'être français : l'art gothique

" A l'issue de l'époque gothique, il y avait une église pour deux cents habitants en France, et dans l'ensemble de ces édifices il y avait de quoi abriter plus que la population tout entière. On a calculé qu'en trois cent ans la France seule avait charrié et mis en oeuvre plus de pierre que l' Egypte ancienne dans toute son histoire. " (*)

L'art gothique est l'objet d'une double incompréhension, particulièrement criminelle dans notre pays.

La première incompréhension concerne son "origine étrangère".

La Renaissance italienne, voulant s'en distinguer, la qualifia d' "art des Goths" en référence aux barbares qui pillèrent Rome - en l'occurence plutot des Vandales. Cette fable fut reprise dans l'Europe entière, peut être au travers de l'artiste-écrivain Vasari qui la mentionna dans ses "Vies". Tenace, cette idée perdura jusqu'au XIX ème siècle. On la retrouve en France au XVIII ème, dans toute sa force, y compris chez un défenseur du patrimoine comme Alexandre Lenoir (**). Au nom de cette "étrangeté", la plupart des monuments gothiques furent abattus : la plupart des églises, la quasi-totalité des monastères et des bâtiments civils. Ce massacre se fit au gré des évolutions du goût, de la renaissance au XVIII ème, puis massivement sous la révolution française, lors de la vente des monuments à des entrepreneurs en bâtiment. Napoléon qui admirait les pyramides, était-il conscient de l'exploit des bâtisseurs du moyen-âge français, lui qui acheva l'oeuvre destructrice de la révolution, en particulier à Paris, au travers de son criminel Concordat (***) ?

En France plus qu'ailleurs, les destructions furent criminelles. L'art gothique, reflet d'une période où la France était le centre du monde artistique, était méprisé et détruit. Comble du ridicule : c'est d'Angleterre que viendra la redécouverte du gothique, où sa forme renouvellée mais caricaturale, le néo-gothique, naquit au XVIII ème siècle avant de balayer l'Europe dans les années 1820 autour d'artistes comme Pugin.

La deuxième incompréhension concerne sa "modernité" pour reprendre un terme à la mode, mais généralement vide de sens.

L'architecture gothique est la première architecture moderne de l'histoire. Entendez par là fonctionnelle, pré-fabriquée, économe, standardisée. La réduction des éléments architecturaux à leur minimum, comme les murs-fenêtres, préfigure le Crystal Palace ou l'architecture d'un Perret. La définition à l'avance des modénatures permettant leur sculpture en série dans des carrières éloignées du lieu de construction, préfigure l'industrialisation de la construction. Quant au style dépouillé du XV ème siècle, il annonce l'architecture sans ornements, celle qui fit fureur à partir des années 20 et règne encore aujourd'hui. C'est Eugène Viollet-le-Duc, théoricien de l'architecture moderne et restaurateur de monuments, qui nous montra le premier ces merveilles que l'on ne savait voir. Les travaux de Viollet-le-Duc fondèrent "l'architecture métallique", celle de la Bibliothèque nationale ou du Grand Palais, fille du gothique.


(*) Roland Bechmann, in : les racines des cathédrales, histoire Payot 1989

(**) in : DESCRIPTION HISTORIQUE ET CHRONOLOGIQUE DES MONUMENTS DE SCULPTURE, REUNIS AU MUSEE DES MONUMENTS FRANCAIS)

(***) une église par paroisse, les églises en trop furent rasées, y compris dans les territoires occupés comme Venise ou la Toscane.


Les rendre fiers d'être français

J' inaugure une nouvelle catégorie. Pour les rendre fiers d'être français ! Qui oserait dire cela ? Il faut être un Max Gallo, homme de gauche proche de la mitterrandie, pour risquer ces mots sans se voir lyncher, jeter aux griffes du populisme bêlant version Ruquier. Qu'un homme de droite, pire, un conservateur, s'aventure dans ce terrain et c'est le scandale.

Pour la petite histoire, le titre est inspiré des propos du président du Musée du Quai Branly, dont l'établissement est bel et bien en mission commandée idéologique pour la chiraquie :

" montrer à un jeune homme ou à une jeune fille d'origine africaine que le continent où sont nés ses ancêtres a produit des artistes aussi sophistiqués que ceux de la renaissance ou de la grèce antique, c'est un élement de fierté, et donc c'est un élément de construction de soi même, de redécouverte de sa dignité " (TF1, 20h du 19 juin)

Face à cette bêtise ambiante, il est atterrant de voir les jeunes français de plus en plus ignorants, et de plus en plus étrangers à leur culture. "Etranger dans son propre pays" pour reprendre le titre d'une série de conférence au centre Pompidou, c'est une maladie grave qui touche autant les français de souche que les immigrés. Face à ce renoncement, il faut un réveil de chacun.